| Société du savoir ou société du pouvoir ? |
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L’anthropologue de la communication Yves Winkin aborde la fracture numérique sous l’angle culturel. Pour ce professeur belge enseignant dans plusieurs universités européennes, la fracture numérique peut générer un repli des populations sur elles-mêmes. Interview.La fracture numérique peut-elle aboutir à un impérialisme culturel des Etats économiques dominants ? Oui, très certainement et beaucoup plus vite qu’on l’imagine ; songez seulement à l’effet pervers de la domination de la langue anglaise, ou plutôt de ce pidgin à base d’anglais que toutes les populations du monde doivent aujourd’hui utiliser pour s’exprimer, sinon pour penser… Une représentation équitable des cultures dans la construction d’une société mondialisée est ainsi fondamentale. En cela le combat de l’UNESCO pour la diversité culturelle est crucial.
Quelles peuvent être les conséquences d'une telle situation ?
A court terme, la fracture numérique risque d’amener des populations à se replier sur elles-mêmes, avec tous les risques d’étouffement économique, social, politique qu’un tel mouvement peut comporter. A long terme, l’étouffement produira une nouvelle fracture au sein de ces populations, entre une minorité qui parviendra à prendre le large et une majorité qui cherchera avant tout à survivre. Une population qui ne peut s’exprimer dans l’espace public globalisé n’estelle pas privée d’existence ? On peut le redouter, en effet. Mais l’expression dans l’espace public globalisé peut passer par d’autres supports que numériques – expression artistique, notamment. L’existence internationale des Aborigènes d’Australie n’est pas passée par Internet. Comment garantir une société du savoir basée sur le partage et la coopération? Sans doute par une alliance entre initiatives à l’échelle internationale et initiatives à l’échelle locale, qu’elles soient, dans les deux cas, publiques ou privées. Je prends un exemple: la revue Planète Jeunes, qui vise un lectorat d’adolescents, principalement en Afrique francophone, a encouragé la création de clubs Planète, qui prennent des initiatives à l’échelle locale en matière d’éducation à la santé, d’écologie, de sécurité routière, etc. Il existe aujourd’hui plus d’une centaine de ces clubs au Mali, au Burkina, en Côte d’Ivoire. Ils font un boulot formidable, sans rouler en 4X4 ! Peut-on parler de société du savoir quand seul 20% de la population mondiale à accès aux TIC ? Oui, on peut en parler, de manière cynique : on sait que le savoir, c’est le pouvoir. On peut donc parler de société du savoir pour parler de société du pouvoir. Pouvoir de domination sur le reste du monde par le relais d’un contrôle économique et technique des TIC… Yves Winkin est professeur à l’Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences humaines (Lyon), où il enseigne l'anthropologie de la communication. Il vient de publier avec Eric Barchechath et Rossella Magli Comment l'informatique vient aux enfants ? Pour une approche anthropologique des usages de l'ordinateur à l'école (Ed. des Archives Contemporaines, Paris). Il est l’auteur notamment de La Nouvelle Communication et de Anthropologie de la communication (Editions du Seuil, Paris).
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L’anthropologue de la communication Yves Winkin aborde la fracture numérique sous l’angle culturel. Pour ce professeur belge enseignant dans plusieurs universités européennes, la fracture numérique peut générer un repli des populations sur elles-mêmes. Interview.


