Le Temps , 29 septembre 2004

 

L'ONU réserve un bon accueil au projet genevois pour numériser le Sud
par Alain Campiotti

GENEVE. Guy-Olivier Segond et Christian Ferrazino défendent à New York l'engagement des pouvoirs locaux. «Un voyage utile!», selon le maire du bout du lac.

Christian Ferrazino n'a pas peur des contradicteurs. A peine Le Temps avait-il posé quelques questions pointues sur les voyages des élus locaux (LT du 18.09.2004) que le maire de Genève débarquait à New York. «Utile? La preuve est faite!», s'est-il exclamé lundi en sortant de l’ONU. Louise Fréchette et Shashi Tharoor, le bras droit et la tête de Kofi Annan, venaient de réserver un bon accueil au projet qu'avec Guy-Olivier Segond il venait de leur présenter: un moyen de financer l'accès à l'informatique des nations les plus démunies du Sud. On pourra toujours dire au maire que les Nations unies ont deux adresses, et que le secrétaire général n'est pas rarement à Genève. Il répondra qu'il était aussi en Amérique du Nord pour embarquer des Canadiens dans son projet. Lundi soir, avec l'ancien président du Conseil d'Etat, il a décollé pour Montréal.

Le Fonds mondial pour la solidarité numérique (c'est le nom de l'entreprise) a une histoire, un principe qui justifie la participation des pouvoirs locaux, et des risques aussi. Il est né de la déception causée par le Sommet mondial sur la société de l'information, dont la première manche s'est déroulée à Genève en décembre dernier: beaucoup de mots pour rien. La frustration était exprimée par Abdoulaye Wade, le premier ministre du Sénégal, qui joue un rôle dans les efforts pour «numériser l'Afrique»; elle était partagée par Segond, qui avait une fonction d'ambassadeur au Sommet. De leurs discussions est née l'idée concrète du Fonds, soumise à l'association des villes et pouvoirs locaux qui tenait parallèlement une réunion à Lyon.

Pas de distorsion de la concurrence

Le principe, donc. Quand une ville, une commune, un Land, un county, un canton (ou un Etat à vrai dire) lance un appel d'offres pour des équipements ou des services informatiques, il pose de manière volontaire une condition: l'entreprise qui emporte le contrat doit verser 1% du montant au Fonds mondial pour la solidarité numérique. Distorsion de concurrence? Les experts ont dit non. Genève par exemple, Ville et canton, pourrait indirectement produire 5 millions de cette façon.

La Fondation, sur le papier, existe depuis fin août. Sa naissance sera concrétisée à l'occasion d'une conférence internationale en 2006, à Genève, où le siège est déjà installé. Les parrains, pour le moment, recrutent des membres fondateurs (il y en a déjà une dizaine), publics et privés, qui doivent payer un ticket d'entrée. Les entreprises pourront ensuite utiliser pour leur pub et à leur profit le «label de solidarité numérique».

Et ensuite? Si le mécanisme du 1% se répand dans les réseaux des pouvoirs locaux, il y aura vite beaucoup d'argent dans la caisse gérée à Genève. Les besoins, au Sud, sont immenses: plus des trois quarts des utilisateurs d'Internet sont au Nord, 15% de la population mondiale. L'objectif du Fonds est de financer des projets à la base, par des microcrédits. A New York, le Programme des Nations unies pour le développement promet la collaboration de ses réseaux et son savoir-faire. C'est la partie difficile. Le Sud a déjà vu beaucoup d'entreprises de coopération au ras du sol se perdre dans les sables.