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L'ONU
réserve un bon accueil au projet genevois pour numériser
le Sud
par Alain Campiotti
GENEVE. Guy-Olivier Segond et Christian
Ferrazino défendent à New York l'engagement des pouvoirs
locaux. «Un voyage utile!», selon le maire du bout du lac.
Christian Ferrazino n'a pas peur des
contradicteurs. A peine Le Temps avait-il posé quelques questions
pointues sur les voyages des élus locaux (LT du 18.09.2004) que
le maire de Genève débarquait à New York. «Utile?
La preuve est faite!», s'est-il exclamé lundi en sortant
de l’ONU. Louise Fréchette et Shashi Tharoor, le bras droit
et la tête de Kofi Annan, venaient de réserver un bon accueil
au projet qu'avec Guy-Olivier Segond il venait de leur présenter:
un moyen de financer l'accès à l'informatique des nations
les plus démunies du Sud. On pourra toujours dire au maire que
les Nations unies ont deux adresses, et que le secrétaire général
n'est pas rarement à Genève. Il répondra qu'il était
aussi en Amérique du Nord pour embarquer des Canadiens dans son
projet. Lundi soir, avec l'ancien président du Conseil d'Etat,
il a décollé pour Montréal.
Le Fonds mondial pour la solidarité
numérique (c'est le nom de l'entreprise) a une histoire, un principe
qui justifie la participation des pouvoirs locaux, et des risques aussi.
Il est né de la déception causée par le Sommet mondial
sur la société de l'information, dont la première
manche s'est déroulée à Genève en décembre
dernier: beaucoup de mots pour rien. La frustration était exprimée
par Abdoulaye Wade, le premier ministre du Sénégal, qui
joue un rôle dans les efforts pour «numériser l'Afrique»;
elle était partagée par Segond, qui avait une fonction d'ambassadeur
au Sommet. De leurs discussions est née l'idée concrète
du Fonds, soumise à l'association des villes et pouvoirs locaux
qui tenait parallèlement une réunion à Lyon.
Pas de distorsion de la concurrence
Le principe, donc. Quand une ville, une
commune, un Land, un county, un canton (ou un Etat à vrai dire)
lance un appel d'offres pour des équipements ou des services informatiques,
il pose de manière volontaire une condition: l'entreprise qui emporte
le contrat doit verser 1% du montant au Fonds mondial pour la solidarité
numérique. Distorsion de concurrence? Les experts ont dit non.
Genève par exemple, Ville et canton, pourrait indirectement produire
5 millions de cette façon.
La Fondation, sur le papier, existe depuis
fin août. Sa naissance sera concrétisée à l'occasion
d'une conférence internationale en 2006, à Genève,
où le siège est déjà installé. Les
parrains, pour le moment, recrutent des membres fondateurs (il y en a
déjà une dizaine), publics et privés, qui doivent
payer un ticket d'entrée. Les entreprises pourront ensuite utiliser
pour leur pub et à leur profit le «label de solidarité
numérique».
Et ensuite? Si le mécanisme du
1% se répand dans les réseaux des pouvoirs locaux, il y
aura vite beaucoup d'argent dans la caisse gérée à
Genève. Les besoins, au Sud, sont immenses: plus des trois quarts
des utilisateurs d'Internet sont au Nord, 15% de la population mondiale.
L'objectif du Fonds est de financer des projets à la base, par
des microcrédits. A New York, le Programme des Nations unies pour
le développement promet la collaboration de ses réseaux
et son savoir-faire. C'est la partie difficile. Le Sud a déjà
vu beaucoup d'entreprises de coopération au ras du sol se perdre
dans les sables.
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