La force persuasive de son projet citoyen tenait
à son originalité, à sa simplicité,
à son opérationnalité et au caractère
non contraignant des contributions, qui dans sa formulation,
devaient être totalement volontaires.
Bien évidemment, et malgré la
simplicité du concept, son objet est de dire que les
mécanismes de l’aide au développement sont
inaptes à relever les défis nés du nouveau
contexte de la mondialisation, dont les effets modifieront profondément
les relations entre les peuples, les pays et les nations, du
fait surtout du rôle devenu central des Technologies de
l’Information et de la Communication (TIC) qui menacent
de marginaliser dangereusement de nombreux pays et groupes sociaux.
En effet, le passage de l'ère industrielle
à l'ère de l'information fait émerger toute
une série de phénomènes qui bousculent
les anciennes logiques économiques et sociales affectant
tout à la fois la sphère publique et le domaine
privé, la dimension professionnelle et l’espace
de l'activité personnelle.
Au plan, local aussi bien que global, de nouvelles
influences modifieront profondément les manières
de travailler, de penser, et de socialiser les relations. Force
est cependant de constater que des centaines de millions d’hommes
et de femmes, surtout concentrés dans les pays du sud
sont progressivement confinés à la périphérie
de ce mouvement mondial. En 2003, selon « Le Monde interactif
», le nombre d'appareils de télévision pour
1 000 habitants allait de moins d'un poste en Erythrée
à 64 en Côte d'Ivoire en passant par 469 en République
tchèque à 805 aux Etats-Unis. Le nombre d'ordinateurs
personnels pour 1 000 habitants était inférieur
à 1 au Burkina Faso, 27 en Afrique du sud, 38 au Chili
alors qu'il atteignait 172 à Singapour et 348 en Suisse.
Dans les pays d'Afrique, une personne sur 5 000 utilisait Internet,
contre une sur six en Europe et en Amérique du nord.
La fracture numérique est toutefois
multiforme et multidimensionnelle, et ne saurait se résumer
à une simple pénurie d’équipements
informatiques et de réseaux de télécommunications.
Elle doit être examinée en relation avec les facteurs
d’exclusion déjà existants qu’elle
ne fait que renforcer. La partie du monde aujourd’hui
exclue de l’économie du numérique est celle
là même qui est marginale dans l’économie
tout court. Les jeunes qui ne peuvent accéder à
la formation en ligne sont aussi pour l’essentiel ceux
qui sont privés d’école.
Mon ardent souhait est que, grâce entre
autres au Fonds de Solidarité Numérique et sur
la base des mécanismes qu’il mettra en oeuvre,
il soit possible d’intervenir rapidement et sans pesanteur
bureaucratique, administrative ou politique pour combler une
grande partie du retard qu'a connu l'Afrique dans la société
dite industrielle. Si ce continent a raté la révolution
industrielle, c'est d'abord et avant tout parce qu’il
n’a pas eu le choix de s’impliquer à ses
divers stades d'évolution. L'esclavage et la colonisation
ont fonctionné comme facteurs imparables d'exclusion
et de confinement hors de la dynamique de l’industrialisation.
Cette situation s'est également manifestée avec
sa mise à l'écart des grands programmes de solidarité
internationale qui ont permis de reconstruire des pays dévastés
par les terribles guerres du 20ème siècle.
Passer des déclarations d’intention
à l’action et chercher à résoudre
dans les faits les énormes disparités constatées
aujourd’hui dans l’accès et l’utilisation
des TIC, voilà le mérite de cette initiative à
laquelle les villes de Genève et de Lyon d’abord,
puis de plus en plus d’Etats, de gouvernements et pouvoirs
locaux, d’entreprises du secteur privé et la société
civile mondiale répondent avec détermination et
esprit d’engagement. Elle sera très certainement
un instrument déterminant pour que les conditions d’exclusion
soient transformées en opportunités d’inclusion
dans la Société de l’information, afin d’assurer
à chacun, grâce aux TIC, la possibilité
de produire, d’exploiter et de diffuser sous forme orale,
écrite ou visuelle, de l’information affranchies
des contraintes de temps, de distance ou de capacité,
et d’œuvrer à son propre épanouissement
et au développement de sa communauté.
Amadou Top
Vice-Président du Comité exécutif du Fonds
de Solidarité Numérique